Journal d'un passage
Une famille pour Farez
Vendredi 31 janvier
La réponse de Lucien et Joséphine est oui !
Ils viendront partager le repas de midi demain. Ils ont une grande fille de 16 ans qui, pleinement informée a dit “oui” aussi. La mère de Lucien, atteinte par la maladie d’Alzeimer vit chez eux. Quel courage ! D’autant qu’ils ont aussi la garde d’une jeune fille de 14 ans, très perturbée, confiée par l’Aide Sociale à l’Enfance.
Judith s’interroge : “que doivent-ils penser de sa petite famille, douillettement installée dans la vie, qui n’envisage pas de garder Farez”.
Charles et Judith culpabilisons tout en pensant très fort
- que ce n’est pas leur projet (il y a le projet de l’adoption du grand frère en cours)
- qu’ils ont déjà suffisamment perturbé les enfants
- qu’ils ont vécu des périodes bien difficiles avec Clara (incertitude jusqu’à dix-huit mois quant à son statut VIH), moments qui, eux aussi, avaient rejailli sur les enfants. Ils ne nous sentent pas capables de récidiver.
- que les individus sont tous uniques et donc différents et qu’ils doivent s’accepter tels qu’ils sont. Ce que fait l’un, l’autre ne peut pas le faire, certes, mais fait autre chose dont le premier était incapable.
Ils préviennent les enfants : des amis viendront déjeuner demain.
Comme les enfants apprécient la présence d’invités, ils sont ravis et assaillent leurs parents de questions “les invités ont-ils des enfants ?, de quel âge ?, ah, pas du leur … ils sont déçus … plus d’intérêt !..”
Samedi 1er Février
Judith et Charles l’appréhendaient cette journée.
Lucien, Joséphine et Emilie Martin étaient là à l’heure dite. Ils ont apporté des cadeaux aux quatre enfants et se montrent amicaux avec les quatre.
Le projet n’a pas été éventé, il devrait apparaître tout doucement, comme une suite logique de l’histoire. Les enfants ne connaissaient pas ces “amis”. Lucien et Joséphine, en riant disent qu’ils s’étaient, en effet, perdus de vue il y a bien longtemps !
Ô le regard de Emilie. Ou Judith affabule ou une explication est nécessaire … il y a tout le mépris du monde dans ce regard ! Les enfants entraînent Joséphine et Lucien dans leurs chambres, Charles est à la cuisine, Judith engage le dialogue avec Emilie. Il lui semble que le regard change et devient amical. De fait Emilie va alors participer pleinement aux discussions animées et joyeuses. Les craintes de Judith et Charles tombent un peu.
Lucien, Joséphine et Emilie repartent le soir non sans promettre de nouvelles rencontres.
Dimanche 2 février
Coup de fil des Martin, tout le monde est invité, mercredi, à passer l’après midi à la campagne. Les enfants sont ravis.
Mardi 4 février
Farez a vu Madame Dolich cet après-midi. Judith doit lui téléphoner demain.
Mercredi 5 février
Madame Dolich confirme la fragilité de Farez. Elle est toute disponible pour discuter, rencontrer les Martin, l’Aide Sociale à l’Enfance , … Judith apprécie la chance de l’avoir rencontrée.
L’après midi se passe très bien. Emilie témoigne d’une petite préférence pour Farez. C’est bien, voilà que les choses se mettent en place petit à petit. Joséphine et Lucien ont proposé à Farez (qu’ils appellent Momo) de passer un week end chez eux. Ils lui téléphoneront.
Les adultes conviennent entre eux que Farez sera invité du mardi soir 11 au mercredi soir 12 février ; autant respecter le temps de l’école où tout se passe d’ailleurs très bien, et où Farez évolue merveilleusement.
Mardi 11 février
Farez est parti, ravi semble-t-il, chez les Martin.
Judith, charles et leurs enfants naviguent entre deux états d’âme … Content de se retrouver tous les cinq et de fantasmer ensemble sur ce projet de « grand frère », et tristes, car Farez leur manque, c’est vrai.
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