Journal d'un passage
Perturbations et éclaircies
Jeudi 9 janvier
Une éclaircie ? Judith et Charles ont, un rendez-vous avec Madame Bonconseil, mercredi prochain.
Emmanuelle se fait beaucoup de souci vraisemblablement à cause des angoisses de Farez … et des nôtres. Enfin elle l’exprime au cours d’un trajet en voiture, lieu clos, un peu hors du temps, propice aux confidences.
Emmanuelle : « je me fais du souci pour la maman de Farez, elle est malade et j’ai peur qu’elle meure ».
Samuel : « si elle meurt Farez pourra rester avec nous »
Farez : « oui mais si elle ne meurt pas je pourrai aussi retourner avec ma maman »
Judith : « je viens de voir la maman de Farez. Elle ne parle pas du tout de mourir. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas la même maladie que le papa de Farez (pas un vrai mensonge puisqu’il n’y a pas de sida déclaré). Elle espère bientôt sortir de l’hôpital. Si il y a des raisons de se faire du souci je te promets Farez que je te le dirai… je te dirai toujours la vérité »
Farez sourit.
Emmanuelle somatise : des aphtes, comme lors de l’arrivée de Samuel, un gros mal de dos. Elle panique un peu car elle n’arrive plus à jouer correctement du violon. Nous consultons le médecin. Effectivement elle doit avoir reçu un coup dans le dos, il décèle un petit hématome. Elle lui confie qu’elle se fait du souci « pour la maman d’un petit garçon qui est à la maison ». Le médecin prend le temps de discuter avec elle « la mort fait partie de la vie, on n’y peut rien changer, le meilleur service à rendre à ce petit garçon c’est d’être joyeuse, d’aimer la vie et de lui permettre de rire avec elle ». Emmanuelle semble un peu soulagée. Elle ne fera qu’une fois pipi cette nuit !.
Vendredi 10 janvier
Hervé a vu Amelle. Elle est très en colère car elle souffre : on lui a posé un cathéter. Elle refuse catégoriquement le psychologue pour Farez. Ce revirement semble incompréhensible, l’explication viendra plus tard : la fameuse Madame Laperche du Placement Familial l’en aurait vivement dissuadée, lui disant qu’elle DOIT attendre le retour de vacances de Madame Flagonard, c’est elle qui verra ce qu’il y a lieu de faire, les « familles d’accueil » n’ont aucunement le droit de prendre des initiatives, elles ne sont pas compétentes !
La détresse d’un enfant pèse bien peu ! Par ailleurs, Charles et Judith estiment que la situation constitue une agression envers leurs enfants et que personne n’a qualité pour leur interdire d’y remédier !. Décidément il y a des travailleurs sociaux qui sont plutôt nocifs.
Pour parachever l’imbécillité de ces propos, ils découvrent avec surprise que cette Madame Laperche les connaît : c’est la femme de J. Jean, directeur du Placement Familial, Madame est déléguée de l’Oeuvre d’adoption “Les enfants de partout” et Monsieur est secrétaire de l’Association départementale “Enfance”, dont Charles et Judith font partie !
Ils sont outrés ! Elle devrait quand même bien s’imaginer qu’il ne s’agit pas de faire n’importe quoi ! Et puis, si les services sociaux pensent qu’ils risquent de faire des catastrophes, pourquoi leur ont-ils confié Farez ? et pourquoi sont-ils si absents ?.
Charles retient de justesse Judith prête à aller dire son fait à cette poseuse … cela n’arrangerait pas la situation, il vaut mieux continuer « en douce » à faire selon leur intuition.
Ils iront, bien évidemment au rendez-vous de Madame Bonconseil.
Judith téléphone à une maman, membre du Conseil d’Ecole à l’école de Emmanuelle, pour lui demander d’excuser son peu de participation aux travaux des parents d’élèves actuellement. La discussion s’engage. La maman arrive le soir avec un ensemble de vêtements dont elle a acheté la plupart. Elle pense que tous les coups de pouce sont bons et qu’il est bien que les vêtements viennent aussi d’ailleurs en ménageant ainsi la susceptibilité de Samuel qui a l’impression de perdre sa place. Elle connaît bien le problème du sida. Elle est chirurgien dentiste et soigne plusieurs séropositifs, sans état d’âme. Elle propose aussi, elle en a discuté avec son mari, d’inviter Farez de temps en temps. C’est vraiment fabuleux cette solidarité de l’entourage. “Où est le rejet social ?” pourrait-on se demander.
Emmanuelle semble en recherche de “spiritualité”. Le soir judith la découvre écoutant avec ravissement un monologue bien terne sur une radio catho. “Ca parle du Seigneur dit-elle“. C’est ainsi que Judith et Charles, parents mécréants, envisagent des rencontres du dimanche, pour leurs enfants, au Temple Protestant.
Samedi 11 Janvier
Repas Mac Donald à midi. Les enfants sont ravis, il y en a 6 à la maison puisque David 4 ans et Paule, l’inséparable amie de Clara, sont là.
Coup de fil à Amelle. Elle va mieux et commence à manger : yaourts, petits suisses. Le médecin lui aurait dit qu’elle sortirait dans une quinzaine de jours. Elle regagnerait son logement avec Farez et une personne l’aiderait. Elle espère aller chez ses parents aux vacances de février.
Judith lui passe Farez qui, comme d’habitude, bloque devant le téléphone. Il écoute bien mais ne s’exprime quasiment pas. Amelle est furieuse. Elle veut qu’il soit grondé et que lui soit rappelé qu’il parle à sa mère et non à une copine. Judith lui explique que son fils se fait vraiment du souci et réclame régulièrement sa mère, petit garçon de 4 ans 1/2, angoissé, il n’est pas forcément à l’aise pour communiquer par téléphone.
C’est à ce moment que Amelle évoque Madame Laperche, qui lui a rendu visite, et dévoile le pourquoi de son revirement !.
Amelle est inquiète mais elle va mieux et veut réaffirmer sa position de mère. Elle fait des remarques à Judith sur la tenue vestimentaire de son fils. Elle revient sur l’anorak qu’il portait lors de sa visite du 1er janvier : il était troué sous les bras dit-elle (en fait c’est un anorak dont les manches sont amovibles !). Elle redemande pourquoi il ne portait pas sa veste (au lavage) puis s’inquiète pour savoir si cette veste n’a pas déteint, dit redit que elle, “elle a l’habitude d’habiller son fils correctement” !. Judith encaisse, après tout ce coup de gueule signifie sans doute un mieux de l’état de santé.
A 17 heures piscine pour tout le monde. Farez, contracté au début, se sent vite à l’aise, un peu trop même. Il est impossible de le quitter des yeux plus d’une minute !.
Samuel, lui aussi est inquiet. Il le manifeste en étant particulièrement agressif à l’égard de Farez et en faisant systématiquement le contraire de ce qui lui est demandé.
Dimanche 12 janvier
La situation s’améliore pour Emmanuelle : deux nuits sans pipi au lit. Elle a toutefois du mal à entendre le réveil qui fait pourtant un bruit épouvantable !. On la sent aussi plus détendue. Depuis qu’elle a discuté avec le médecin elle participe au culte pour enfants le dimanche et en revient ravie et apaisée !.
Un groupe de personnes de l’Eglise protestante tenteai d’organiser une réflexion autour du problème “sida-enfants-familles”.
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